Traversée urbaine en milieu glacial

Commuting Businessman with Giraffe Stuffed Animal

Excepté avec les touristes, les handicapés, les femmes chargées de grosses valises ou de poussettes dans les escaliers, dont il est bien vu qu’ils demandent de l’aide, une loi semble interdire aux Parisiens de communiquer entre eux.
Dans la rue ou à plus forte raison dans les transports en commun où la promiscuité est grande, celui qui parle, sourit ou regarde dans les yeux est perçu comme étant louche. Il a quelque chose à vous pendre : la tête, votre temps, votre intégrité physique, vos biens, argent, blouson, téléphone . Celui qui vous parle se désigne comme frapadingue, bourré, libidineux, voleur. Et en effet, seules ces catégories n’hésitent pas à accoster leur prochain, d’où l’inquiétude qu’admet pouvoir susciter celui qui les imite à des fins plus modestes.
Un art, développé par le Parisien, consiste à devenir lisse comme le marbre et imperméable comme de la fourrure de marmotte dés lors qu’il sort de chez lui. On a beau être cent, collés dans une rame de métro, le balai des regards est admirable dans sa virtuosité à déjouer toute interaction, même accidentelle, autant pour décourager les emmerdeurs que pour éviter d’être identifié comme tel. Avec un soin particulier dans le cas d’une femme vers un homme, lequel se sentirait en droit de l’interpréter comme un laisser-passer pour son cul.
Combien d’entre nous, pourtant, souffrent de cette indifférence chronique ? Combien ont leur journée plombée par un trajet quotidien transformé en longue traversée de la non-existence ? Combien sont effrayés par ce « chacun vers soi » et par la tournure qu’il prendrait en des temps futurs moins pacifiques, moins cléments : abandon total, écrasement de l’être par l’indifférence bovine du troupeau.
Je ruminais ces sombres pensées l’autre jour lorsque j’ai pris le métro avec mon chat pour l’emmener chez le vétérinaire. Le chat est LA solution au problème de communication entre Parisiens. Ce n’est pas un, mais dix amis que je me suis fait en l’espace de quelques stations. Kiki m’offre toutes les garanties de bienveillance et de santé mentale, il libère les sourires, les mots, sert d’intermédiaire au regard, de prétexte. Je l’atteste : aucune des personnes qui m’ont abordée n’a abusé ni de mon temps ni de mon corps. Je me souviens de chacune, comme je me souviens de chaque fois où j’ai fait une rencontre éphémère chaleureuse. Elles son rares par ici, du coup, la mémoire les collectionne.

Par extension, pour les jours où on n’est pas d’attaque pour une traversée urbaine glaciale, je recommande de s’accompagner de toute sorte d’animal ou d’un bébé, ce dernier étant toutefois difficile à se procurer.

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2 réponses

  1. Le regard qui fuit est aussi la conséquence d’un reliquat de notre cerveau reptilien… Dans le métro, nous sommes trop proches les uns des autres, physiquement parlant s’entend. Regarder l’autre équivaut à une agression dans notre inconscient d’homme ou de femme des cavernes… Alors les yeux vont nonchalamment se balader sur le vide du plafond, du tunnel, voire se concentrer furieusement sur la ligne de métro comme si on devait apprendre toutes les stations par cœur… Ceci dit, à chaque fois que je reviens de ma nouvelle province dans ma chère capitale, je trouve ses habitants odieux, égocentriques, froids, tristes et je repars sans trop la regretter, même si elle reste belle… 🙂

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  2. Deshaies Nicole

    Vachtement bonne idee ! j’suis sur qu’avec mon pitbull j’vais m’faire plein d’potes ! et les meufs elles aiment, elles sentent le mec top viril…. vivement demain dans l’metro……………….Ton Dab

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