Le passé est une onde

Les sons porteurs d’images

Il y a eu un engouement pour l’image, il fallait en coller partout. Jusque sur les sons !

On s’est mis à filmer les émissions de radio ! Malheureux ! Car jusque là, on se fichait totalement que les voix soient mal fagotées, aient le cheveu en friche ou nous causent avachies, pourvu qu’elles s’y entendent à nous faire décoller. Et voilà que soudain, il leur faut un look, un décor, du stylisme, du maquillage… mais, mais… en filmant la radio, ne serait-on pas en train de réinventer la télévision ?…
Mais cette quête de progrès est comme toutes les autres : pour progresser encore, il lui faut regresser. Exemple: les sonos géantes ont supplanté le transistor auquel nous revenons via l’écoute sur téléphones mobiles. Ces derniers sont  passés de grands formats à minuscules avant que la dernière innovation consiste à les agrandir à nouveau…

Ainsi en est-il de la radio : si une révolution consiste à la filmer, la suivante ne pourra être que de la proposer sans images! Voici le podcast audio.

L’image d’un son, c’est tout sauf la représentation de l’émetteur de ce son. François Morel penché sur le micro de France Inter ou Edouard Baer en doudoune devant celui de Radio Nova n’évoquent rien de ce qui est dit. La magie d’un son, c’est de cacher comment il est fait et par qui il est émis. Sa puissance mysterieuse doit refuser tout materialisme primaire. L’orateur est une vision d’horreur, du son qui étalerait ses boyaux. Loin de les révéler, la caméra, tue les images radio.

Il reste par bonheur ce que l’on ne peut pas montrer, comme certaines époques. Ainsi est le XVIIIème siècle. Il en existe bien quelques gravures, mais rares. Même en abusant de panotages et de zooms, l’étendue de ce qu’on peut montrer reste limitée.
Au son d’intervenir, avec sa richesse et son pouvoir évocateur. Les mots et les bruits unissent leur puissance pour ouvrir des portes mentales. Des images se forment dans l’esprit de l’auditeur, et elles ont cette superiorité sur les images imposées qu’elles puisent dans ce qu’il y a de plus émotionnel et de plus fort pour l’esprit qui les génère, et c’est ce qui leur confère une vérité supérieure. L’auditeur assure lui-même la mise en scène.

A propos de ce XVIIIeme siècle, une équipe de chercheurs du CNRS, Sarah Gensburger et Isabelle Bakouche, passionnées par la vie des petites gens oubliées, jamais décrites, jamais peintes, et dont elles ont reconstitué l’existence à base de rapports de police ou de lettres de complaintes adressées au Roi, en est arrivée à la conclusion que le son était le vecteur le plus propice à le ressusciter aux yeux des gens d’aujourd’hui. Le projet des « Gens de la Seine » était lancé : une série de dix-neuf podcasts sur les tripiers, les noyés, les malades, les blanchisseuses, qui bordaient de leur vie, de leurs espoirs de leurs joies et de leurs misères la colonne vertebrale liquide et bouillonnante qu’était alors la Seine pour Paris. A l’écoute de ces podcasts audio, on croirait que temps passé n’est qu’une onde qu’il suffit de capter pour y avoir accès.

Le son, celui des mots. Il fallait la plume sensible et savante de Michèle Cohen pour déchirer les brumes du temps derrière lesquelles ce petit monde semblait engourdi dans un silence éternel.

Le son comme espace-temps. Il fallait des illusionnistes pour rendre aux fantômes chair, odeurs et couleurs. L’équipe de Novaspot, s’y est attelée avec la conviction que l’illusion était l’amie la plus fidèle de la réalité.

Fermez les yeux, votre film commence.C’est ici pour écouter Gens de La Seine.

Rédaction: Michèle Cohen

Réalisation: Sylvie Arditi

Prise de Son, musique générique, et mixage : Christophe Hammarstrand

Montage son: Elias Arias

Suivi technique : Marion Emerit, Mathias de la Fuente et Valentin Fayaud.

Direction de Prod: Audren Burlet assistée de Sylvie Hemmeret

Production Novaspot. 

Musiques: Kapagama

Avec les voix de Christian Hecq de la Comédie Française, Olivia Bonamy, Catherine Hosmalin, Nicolas Mead, Alain Fromager et Roger Roka.

Sur une idée originale et un travail de recherche de Sarah Gensburger et Isabelle Bakouche du CNRS.


Photo: Anna Marienko. A découvrir, ses magnifiques panoramiques avec formes d’ondes. 

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2 réponses

  1. Nicole Deshaies

    Exact, la voix sans image a un pouvoir extraordinaire.Je me souviens des Nuits du bout du monde de Stéphane Pizella, et aussi d’une voix captivante Méta ? Olivier Méta, Métra ?, mais je ne retrouve pas cet artiste qui vous faisait voyager le soir. Amitiés à tous de nous faire revivre certaines époques.

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