L’été aux rythmes de la Villette

Les squares m’ont toujours foutu le bourdon. La Villette m’a toujours excitée. Question d’énergie. Les squares parisiens ont presque tous des panneaux qui rappellent qu’il y a à peine soixante dix ans, ni les chiens ni les juifs n’y étaient admis. La Villette est ouverte, neuve, d’architecture radicale, qui va au coeur, avec ses lumières rouges sang, ses ponts d’ascension alambiquées, ses pelouses en grand large, ses couchers de soleil en feu, ses recoins clandestins. Toujours, de quelque part, vous parviennent des rythmes live ou des sound machines. On tombe sur de l’art au coin du bois, comme on tombe nez à nez avec un biche dans la nature. La même magie. La même improbabilité qui vous récompense d’avoir laissé au hasard la possibilité de ne rien produire.

La Villette vieillit bien. De 1999 à 2011 j’y ai passé presque tous mes dimanche parisiens en famille. Poussant poussette, j’étais celle qui restait scotchée devant les batucadas ou les orchestres africains, celle dont on tirait le bas du gilet « allez Sylvie, chérie, maman, on y va… » Toujours celle qui s’en arrachait à regret, parce que là, le cœur frétillait étrangement. Je m’éloignais avec la pensée vague que le circuit de ma vie ne m’avais pas conduite à cela, porter des short et des chevillères et taper sur des tambours et qu’il y avait là une petite erreur d’aiguillage, légère, presque rien puisque j’oubliais aussitôt.

Il y a de toutes petites choses tenaces, qui ne veulent pas se laisser oublier, et qui vous poussent dans un parcours alambiqué, qui soit disant vous en éloigne, mais pour mieux vous ramener à elles. Ce chemin pour moi, c’est celui de l’écriture, où se sont créés malgré moi des personnages partant danser en Afrique. Que faisaient-ils sous ma plume?? Je ne connaissais rien de l’Afrique et je n’avais pas pris un cours de danse depuis trente ans. Mais pour les écrire, il fallait bien que j’aille goûter la danse africaine… Il y a un an, j’ai essayé en salle. Dire que j’ai aimé serait mensonge, j’ai eu un sentiment violent de retrouvailles. Je suis tombée dedans et dedans, j’ai trouvé d’autres femmes comme moi. D’un cours à un autre, j’ai rencontré une bande d’artistes guinéens, Fode, Mariana, Ansoumane, Raymond, Fabrice, Morlaye, Salifou et aussi Bouba, Moko, et d’autres…dans u n monde policé, saturé de panneaux indicateurs des choses à faire et à ne pas faire, où l’art s’aborde en faisant la queue, pour peu qu’on ait pensé six mois plus tôt à acheter une fortune son ticket, et où les activités artistiques même se formatent, ouf : il y a encore des étincelles qui se produisent, spontanées, anarchiques, bien vivantes.

Là dessus, je découvre que tiens tiens, comme par hasard, aux beaux jours, le fief de ce petit monde, c’est la Villette. Presque tous les week-ends et même les soirs en semaine, ils battent le tam-tam sur Facebook pour emmener « les filles danser ». Les filles, c’est nous. En Afrique, la danse est loin très loin d’être réservée aux femmes, voire même le contraire. Mais bon, ici, comme dans beaucoup d’activités artistiques collectives, on compte un bon 95% de femmes. On sait ce qui est bon.

Me voilà donc parvenue à mon insu de l’autre côté de la Villette, celui qui nous fait traverser le parc en portant le Kenkeni ou le Djembé d’un musicien. Celui qui fait s’arrêter les mamans à poussettes, les yeux pleins du rêve de nous rejoindre un jour…

Quand c’est le week-end, les percussions s’appellent les unes les autres à travers le parc, parfois, les groupes épars fusionnent. Dans le coin où nous allons, devant le Cabaret Sauvage, ou vers le Centre Equestre, il y a beaucoup de pique-niqueurs qui s’y connaissent et n’hésitent pas à lâcher leur fourchette pour se lancer dans un Doundounba d’enfer. Tout à coup, une maman s’avère être une grande danseuse de Guinée et prend la main sur le cours. Il y a des guest, un public nombreux, de l’art qui jaillit là, sur le bord du canal, comme des roseaux sauvages.

Difficile est la vie de ces artistes venus de loin pour transmettre leur culture. Trouver de quoi subsister ne va pas de soi. Ils sont tous des artistes de très haut niveau, beaucoup sont polyvalents entre la danse et les percussions et ils dispensent leur savoir pour une somme plus que raisonnables qu’ils partagent entre eux. Qu’il y ait une élève (il m’est arrivée de me retrouver seule un jour de pluie, ou que l’un des profs disent « tu es la seule à être libre aujourd’hui? Ok on y va quand-même) ou vingt, il y a autant de musiciens pour vous soulever de terre, autant d’énergie qui est donnée.

Quand c’est un soir de semaine, mercredi pour Fode, jeudi pour Mariana, le coin est plus interlope, le public carrément plus strange et les chevaux du Centre Equestre piaffent au son des djembés (rêvent-ils de quitter leur triste manège pour venir claquer des sabots avec nous?). Peu importe. Qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il fasse un cagnard de la mort, que le public soit chevalin, bobo, popu, premium ou chelou, on danse.

Et pour dissoudre le mur de verre qu’on imagine nous séparer du bonheur (il n’est qu’imaginaire) et vous épargner un itinéraire aussi long et tordu que le mien pour les rejoindre voici leur ligne directe :

Facebook de Fode : Fode La Joie Finando.

Facebook de Mariana : Mariana Briones

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6 réponses

  1. ah que j’aime quand ta plume chante la liberté, et la joie sauvage et surgissant de loin, très loin, des jours anciens ou le monde était uni par la même envie de danser…bravo ! encore et toujours tes mots sont des étoiles sur le chemin de la liberté..bisous

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  2. Sandrine

    Sylvie merci , tu sais si merveilleusement retracer ces instants simples et forts rares et si communs ces énergies folles et douces ces gens si grands et communs ….. j’’❤️ Baisers

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