RAVN! RAVN!

Sur la rembarde d’une fenêtre de Nova, il y a un corbeau. On me dit qu’il est là depuis trois heures, probablement blessé à l’aile car incapable de s’envoler, il clame son besoin d’aide. Il aurait échoué là après avoir été attaqué par d’autres oiseaux. Un coup d’oeil me dit qu’il n’est pas blessé : il est jeune. Mais si, regardez, il est encore plein de duvet…Regain d’intérêt pour lui parmi les habitants du bureau. Miriam ouvre la fenêtre et le gratouille à la tête, ce qu’il semble adorer. Audren va recupérer dans la poubelle un morceau de son pain du midi. Toutes deux tentent de l’en nourrir, il peine à attraper les morceaux, hurle et s’étrangle, mais voilà que sa gestuelle est claire : il ouvre son bec en croassant comme un dingue, tête renversée en arrière…il attend la bequée! C’est Audren qui parvient à lui jeter adroitement et courageusement des petites boulettes dans son bec impressionant, qu’il devore avec des bruits terribles, jusqu’à ce qu’il boude la main nourricière ; il a eu son content.

On est vendredi soir, que faire? Le laisser là, trop flippé, trop novice pour oser s’envoler à partir de cette rembarde exigue? Je visualise ma terrasse accueillante et pleine d’insectes et je propose de l’emmener chez moi. Nouvelle effervescence. Miriam part à la recherche d’une boite adaptée. Il faut lui donner un nom. Je propose RAVN, du nom du groupe de musique de mon fils qui signifie corbeau…un groupe de suporters scande RAVN! RAVN! Vas-y, tu vas y arriver! Une nouvelle vie s’offre à toi! pendant que Miriam tente de le persuader d’entrer de lui-même dans la boîte, ce qui ne le tente guère. Personne n’ose l’attraper franchement. Le jeune corbeau est de belle taille et son bec vigoureux est quelque peu dissuasif… mais super Hadja se pointe et lui maintient les ailes, le voilà en boîte, et scotché.

Je pars avec mon corbeau sous le bras, promettant de donner des nouvelles, Miriam lui dit « Au revoir RAVN chéri…elle a la larme à l’oeil. Un collaborateur se dresse devant moi « Ne ramène pas ce genre de bête chez toi, ça te bouffe les yeux ! »

Je ne me vois pas dans le bus avec cette boite gigotante, j’appelle un Uber, dont l’immatriculation finit par RV…je prie silencieusement l’animal de ne pas faire trop de foin pour ne pas nous faire debarquer sur le trottoir… « Ca bouge dans votre boite, remarque le chauffeur, c’est un chien?

—Non, c’est un petit oiseau…, dis-je d’une voix qui le déguise en canari.

—Oh, j’ai eu un oiseau au bled. Je l’ai gardé trois ans en cage puis j’ai voulu lui rendre sa liberté. Et vous savez quoi? Le jour où il est parti, et bien le soir, il était de retour sur sa cage, j’en ai pleuré! Et pendant un an, il a fait ainsi, des journées dehors et des retours chaque soir chez moi, jusqu’au moment où, après un orage, je l’ai trouvé mort dans sa cage. Il était revenu mourir là…

—Si vous aimez les oiseaux, alors je vais tout vous dire, c’est un corbeau que j’ai là. »

Il kiffe. Je lui mettrai 5 étoiles.

Comme la boite est fermée et que la situation est surréaliste, je songe, comme dans l’experience du chat de Shrödinger, que le corbeau n’est non pas à la fois mort et vivant, mais existe et n’existe pas.

A la maison, sur la terrasse, je libère RAVN, qui existe bel et bien. Un coup d’aile, le voilà sur le dossier d’une chaise, deux trois autres et il est sur le toit. Son deploiement d’ailes fait que je n’en mène pas large. Dans la solitude de l’instant, des images des Corbeaux d’Hitchkock s’emparent de mon esprit. Je me replie à l’interieur et ressort prudement pour observer son manège d’un coin de toit à un autre, se rabattant toujours dans ma direction ce qui me fait me replier et ressortir alternativement pendant un bon quart d’heure. Il vole mieux que ce que je pensais. Ici, il a de la place pour s’exercer, il se sent peut-être plus en confiance. Je me familiarise avec sa présence car il ne manifeste aucune intention de m’attaquer…

Plus tard, je suis dans ma chambre, et par la porte-fenêtre fermée, je le vois soudain déambulant pataud sous mon nez, sur le sol de la terrasse. Je m’approche doucement, il prend peur, coup d’ailes panique, il traverse la rembarde, se prend les pattes dedans, coasse d’un l’arge bec, pédale dans le vide, semble se casser la gueule et disparait. Je sors, petit coup d’oeil inquiet en bas pour verifier s’il ne s’est pas scratché…mais non. C’est un oiseau tout de même…

Ce reflexe m’est venu parce que d’un coup, la situation s’est mise en parallèle avec un rêve d’il y a quelques semaines.

Sur cette même terrasse, un chat se tient sur la rembarde. Je sors tout doucement par la porte-fenêtre de cette même chambre, le chat prend peur, il ouvre en grand sa gueule dans un cri silencieux et bascule dans le vide…

J’espère que ce petit corbeau est suffisamment armé pour affronter le monde et ses dangers, lui qui tête encore sa mère, saura-t-il fouiller la terre et bouloter les fourmis? Echappera-t-il aux agresseurs avec ses ailes encore gauches? A rebours, je regrette de ne m’être pas rendue compte qu’il pouvait tout de même voler. Je me serais contentée de le libérer dans la rue en bas du bureau, où il avait une chance de retrouver son nid, ses frères et soeurs et sa maman. Là, je l’ai isolé. Toute à l’orgueil d’oser ramener un corbeau chez moi, toute à la vanité de le sauver, j’ai oublié d’être suffisamment attentive. Good luck, RAVN.

Un autre RAVN va decoller à n’en pas douter : le groupe d’Alfred et de son ami Will. Une sacrée team de song writters. Je profite de ces coincidences pour leur offrir un coup de com : a ecouter ici

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